17 juin 2006
Un nouveau traitement pour les troubles émotionnels
Je viens d'avoir deux jours de formation intensive avec Laura Allen, une collaboratrice de David Barlow, l'un des plus grand spécialistes mondiaux du traitement des troubles émotionnels. David Barlow et son équipe sont en train de travailler à l'élaboration d'un protocole de traitement unifié pour les troubles émotionnels.
Jusqu'à présent, nous avions des protocoles de traitements spécifiques pour chaque trouble. Par exemple, un protocole pour soigner le trouble obsessionel-compulsif, un autre pour les attaques de paniques, etc. Or, les recherches dans le domaine montrent d'une part qu'on a beaucoup de comorbidité entre les troubles (quelqu'un qui souffre d'attaques de panique présente souvent aussi une anxiété sociale ou un trouble anxieux généralisé), et d'autre part il y a plus de similitudes que de différences entre ces troubles et dans leur traitement ...
Alors que ces troubles étaient plutôt décrits sous des catégories différentes : troubles anxieux, troubles de l'humeur (dépression), l'accent est mis ici sur la nature même du trouble, c'est-à-dire une dérégulation du processus émotionnel. Qu'est-ce qu'un trouble anxieux ? C'est ressentir une émotion normale et naturelle (la peur) de manière inappropriée. La peur est aversive et on a donc tendance naturellement à essayer de l'éviter. Or on ne peut pas l'éviter car elle est liée à certains déclencheurs (situation, pensées, interprétations que l'on fait de ses sensations physiques) que l'on ne peut supprimer. La personne qui présente une dérégulation de ses émotions s'engage donc dans un processus où elle va ressentir de l'anxiété dans une situation où elle ne devrait pas, elle va essayer de supprimer cette anxiété et ne va pas y arriver, et donc va anticiper d'être reconfrontée à la situation. C'est le modèle classique de l'anxiété.
La différence fondamentale entre cette conception et le modèle de Barlow se situe au niveau de l'action que la thérapie va avoir sur l'anxiété. Les thérapies classiques essaient de la supprimer. Et on a mis au point des stratégies relativement efficaces qui permettent d'y arriver. Cependant on constate que certaines personnes ne répondent pas à ces thérapies ... Barlow préconise une attitude différente par rapport à l'émotion, une attitude issue d'un courant très populaire actuellement en psychothérapie : la pleine conscience (je développerai dans un article ultérieur). Plutôt que de supprimer l'émotion, il faut accepter de la vivre. Pourquoi ? Si on essaie de supprimer l'émotion, on évite de se confronter à ce qui la provoque (en tout cas dans la majorité des cas). Or si on accepte de la vivre, d'une part on se rend compte que ce n'est pas si terrible (même si c'est inconfortable) et qu'on peut vivre avec, d'autre part on se rend compte que ce qui a provoqué cette émotion (le "signal de danger") n'est pas si dangereux. L'émotion n'est donc pas utile dans ce contexte et elle peut disparaître d'elle-même.
Ce programme de traitement est encore en cours d'élaboration et notre équipe à Louvain-la-Neuve y participe activement. J'ai commencé à appliquer le protocole avec mes patients et un groupe est en cours actuellement. Il est encore tôt pour tirer des conclusions mais le principe nous semble tout à fait prometteur. Je vous tiendrai au courant !
Posté par Guy à 08:59 AM
28 mai 2006
Il y a psycho et psycho ...
Pour ceux qui ne me connaîtraient pas (finalement le but de ce blog est de répandre les idées, pas seulement auprès de mes amis), il me paraît important d'expliquer quelque peu la facette "psy" de ce blog intitulé "Mémoires d'un psychowebmaster" ...
Je suis psychologue et psychothérapeute de formation. J'ai suivi une formation en thérapie cognitivo-comportementale et j'ai encore actuellement une activité de psychothérapeute. Comme vous le savez peut-être, il y a beaucoup d'école dans le domaine de la psychothérapie et le courant le plus connu (pour des raisons historiques) est la psychanalyse. Il y a d'autres orientations comme la thérapie systémique, l'hypose ericksonienne, la gestalt, la thérapie rogierienne, etc. Il y a de très nombreuses formes de psychothérapie qui appartiennent toutes de près ou de loins à quelques courants principaux qui sont la psychanalyse, la thérapie systémique, le courant cognitivo-comportemental et le courant non-directif (rogerien). Ces courants se fondent sur des théories ou des postulats de base.

Parmi ces théories, certaines sont scientifiques et d'autres ne le sont pas. Je ne vais pas polémiquer sur la scientificité ou le sérieux de certains de ces courants, vous pouvez trouver matière à réflexion ailleurs (si vous avez le courage de vous plonger dans les dérives de la psychanalyse et les imposture freudiennes, je vous conseille la lecture du "Livre noir de la psychanalyse" de Jacques Van Rillaer).
Ce que je veux mettre en évidence ici, c'est l'évolution dans la manière de concevoir la psychothérapie. Ces dernières années, les psychothérapies ont bénéficié de l'apport de très nombreuses recherches fondamentales sur les processus psychologiques. Notamment dans le domaine des émotions. Ces études mettent en évidence des mécanismes et suggèrent des méthodes d'intervention qui sont fondées scientifiquement. Nous assistons donc à l'éclosion d'un nouveau "courant" dans le domaine de la psychothérapie, celui de la thérapie fondée empiriquement ou psychothérapie scientifique ...
Ce courant se dégage des "doctrines" ou des idées reçues qui sont traditionnellement enseignées dans les écoles pour se focaliser sur ce qui est mis en évidence par des recherches contrôlées. En d'autres termes, cela veut dire que les interventions proposées sont sensées être plus efficaces et surtout plus justifiées.
Une nouvelle formation universitaire en "interventions psychologiques" voit le jour cette année à Louvain-la-Neuve. Le signe que les mentalités changent ...
Posté par Guy à 01:21 AM